“QUE LES LECTEURS NOUS PARDONNENT…”

 

Palette avec style “à la manière de” (Rubens, Delacroix, Di Vinci… et Cuvelier)

 

LE PRODUIT D’UNE LONGUE GESTATION

A l’automne 2019, l’éditeur Pierre Peeters, de la maison Wapica, demanda de rencontrer les membres de la Fondation Paul Cuvelier. Il souhaitait obtenir leur approbation à un projet de ‘beau livre’ consacré à Paul Cuvelier, réalisé en collaboration avec Michel Cuvelier, un des frères de l’artiste. Michel Cuvelier, quoique membre de la Fondation, n’avait parlé de ce projet à aucun des autres membres. Leur surprise fut donc totale.

 « C’est la première fois que je travaille avec des ayants-droits vivants …» reconnaît Pierre Peeters, éditeur de la maison Wapica, s’adressant aux membres de la Fondation Paul Cuvelier le 25 novembre 2019. « … Il y a de belles choses, je remercie Michel d’avoir ouvert sa boîte. » déclarait Philippe Cuvelier au nom de la Fondation, s’adressant à Pierre Peeters et Michel Cuvelier devant une maquette de leur livre, imprimée numériquement et reliée. Sur l’intérêt de remettre à la lumière – et en lumière – de nombreux dessins et tableaux inconnus de Paul Cuvelier, tout le monde autour de la table était d’accord. Etaient présents : Amédée Cuvelier, Michel Cuvelier, Denis Cuvelier, Philippe Cuvelier, Philippe Capart, Guy Beudin, Hélène Delcoigne et Pierre Peeters.

Le sujet du livre était, selon Pierre Peeters, de « parler de l’œuvre artistique, pas la B.D. ! ». Il précise d’emblée : « Lens, ce n’est pas ma zone (note : WAPICA vient de la contraction de Wallonie-Picarde (le Hainaut Occidental))” (…) (Paul) Cuvelier, je ne connais pas » et « la bédé c’est pas mon dada. » Il pense néanmoins que les acheteurs potentiels du livre à venir seront à trouver dans le milieu des collectionneurs de bandes dessinées. La “Bédé.“, ce sera – selon ses termes – “le nonosse” (c-à-d : l’os à ronger). Pierre Peeters annonce “850 œuvres” qu’il a d’ores et déjà photographié/scanné – et qu’il glissera dans sa banque de données sous son (c): “Art copyright” – et explique que “Michel rapporte chaque fois des trucs nouveaux !». Concernant le contenu rédactionnel, Pierre Peeters estime que : « Le lecteur est assez grand pour faire son choix (…) Plus tard, il y aura peut-être des doctorats avec analyses mais ce n’est pas notre objectif aujourd’hui ».

Une copie unique est mise sur la table. L’épais prototype découvert par la Fondation ce jour-là tenait de l’herbier, regorgeant d’œuvres de natures et qualités diverses, mais dans un grand désordre. « Grand-Maman sur son lit de mort ! » s’exclama Amédée, le plus jeune frère de Paul, à la découverte d’un croquis non légendé. Denis Cuvelier, un des neveux de Paul, feuilleta à son tour et demanda ce qu’il en était de l’aspect érotique de l’œuvre ? Pierre Peeters avait tranché : «...Par les temps qui courent (…) Si on publie les nymphettes, on est mort sur Facebook !». Sur la couverture, un titre : “Paul Cuvelier, Explorateur pictural” et sur la tranche, un titre différent : “Le fonds Michel Cuvelier“. Les auteurs annoncés en couverture : Michel Cuvelier, Pierre Peeters, Numa Sadoul, Christophe Simon, Hélène Delcoigne, Jean Van Hamme et Jean-Pierre De Rycke. Mais “…C’est mon livre! ” rajoutera Michel Cuvelier.

Si le projet était pour les membres de la Fondation Paul Cuvelier une totale surprise, à l’exception notable de Michel Cuvelier, il avait déjà fait l’objet d’un article dans la presse locale SUD INFO (article “Bientôt un livre sur le papa de Corentin”, paru le 15 novembre 2019) et sur le site officiel de la maison d’édition Wapica avec une date fixée pour sa sortie : avril 2020. L’éditeur a également démarché avec des maquettes de leur livre – qu’il nomme des « collectors » et qui en serait à la “quatrième” version – auprès de divers acteurs du milieu de la B.D. comme Philippe Pecher, échevin de Lens et collectionneur de bandes dessinées, Christophe Simon, auteur d’un album “hommage” à Corentin aux éditions du Lombard, ou le libraire Reynold Leclercq de l’enseigne BRÜSEL. Hélène Delcoigne, historienne de l’art de l’équipe de Pierre Peeters, prenait soudain conscience du problème autant moral que légal : « Je pense que le travail a été fait à l’envers. Il faut faire le travail à l’endroit ». La surprise est en effet passée de “bonne” à “mauvaise” auprès des membres de la Fondation. Sans l’ombre d’un accord avec celle-ci, l’équipe autour de Michel Cuvelier et Pierre Peeters repartent avec le prototype.

Sept années plus tard, en février 2026, la Fondation Paul Cuvelier découvre le livre édité co-signé Michel Cuvelier et Pierre Peeters rebaptisé : “Paul Cuvelier : anima in articulatio (1923- 1978)” [1].

Couverture du livre

 

Autoportrait de Delacroix

Autoportrait de Paul Cuvelier

UN EDITEUR IRRESPONSABLE

La Fondation Paul Cuvelier vous propose ici, une relecture de cet ouvrage qui n’a malheureusement pas pu se faire avant impression: Wapica n’ayant rien signé avec la Fondation, qui, rappelons-le, centralise légalement les droits commerciaux et le droit moral de l’artiste.

Une bourse “patrimoine” de la Fédération Wallonie Bruxelles a néanmoins été délivrée à Pierre Peeters à travers Wapica qui avait assuré à la commission qu’il avait bel et bien l’accord de la Fondation (demande déposée à la commission de la FWB en 2021, accord de 5.000 euros signé le 14 mars 2022 entre la FWB et les éditions Wapica).

Bien conscient que les droits de Paul Cuvelier ne tomberont dans le domaine public qu’en 2048 et pour ainsi échapper aux possibles poursuites contre sa maison d’édition, il décide, en 2021, de faire porter à Michel Cuvelier, 90 ans, le titre d’ “éditeur responsable”. Pierre Peeters fragilise ainsi les relations au sein d’une grande famille, misant sur la notion que les Cuvelier ne font pas de procès aux Cuvelier et fait un travail de sape à l’encontre d’une fondation dédiée à l’artiste.

Pierre Peeters avait misé sur un arrêt de la Fondation Paul Cuvelier pour le 9 décembre 2025 et avait choisi cette même date pour annoncer enfin la publication du livre à la maison communale de Lens. Si l’acte de la Fondation Paul Cuvelier a bien été signé le 9 décembre 2015 sur une première période de 10 ans, il a néanmoins été prolongé, entretemps, pour une durée illimitée et la Fondation n’a donc pas connu d’interruption légale, ni de ses droits et ni de ses devoirs. Cette importante parenthèse contextuelle – et déontologique – ainsi dressée, retournons à l’objet de cet article.

 

UN FOND D’ATELIER

Ce livre – contrairement à ce qui énoncé et à sa forte pagination (416 pages) – n’est pas “une monographie rétrospective“(…)”relatant l’ensemble du parcours (…) de la démarche artistique de Paul Cuvelier“. Il s’agit de ce qu’on appelle un ‘fond d’atelier’. Ce qui est resté dans des fardes : à savoir un mélange de travaux d’études, d’esquisses et de notes diverses. Autant d’éléments non répartis à l’héritage qui étaient restés dans la maison natale de Paul Cuvelier, comme ses nombreux dessins d’enfance, adolescence et de jeune adulte – il quitte le foyer à 27 ans – préservés par sa mère, doublés d’éléments détenus par Michel Cuvelier qui s’y était réinstallé dans les années 80.

A ceci se rajoutent encore quelques documents extérieurs – dont la reproduction du cahier d’aquarelles préfigurant Corentin Feldoë et des pages de l’album de bande dessinée Corentin II… introduites pour “Les fans de Corentin et « Epoxy, (…) pour satisfaire leur passion de la BD ” explique Pierre Peeters (page 11). D’un livre annoncé comme étant sur “l’œuvre artistique, pas la B.D. “, un tiers de l’ouvrage est consacré à Paul Cuvelier : l’auteur de bande dessinée, dont 50 pages arbitrairement dédiées aux planches des nouvelles aventures de Corentin (parues dans le journal TINTIN belge de la fin de 1947 au début 1949).

Autant de choix qui s’expliquent par l’exploitation et l’amorce du catalogage d’un fonds unique en vue d’un recueil d’archives, mais inexplicable dans le cadre d’une réelle “monographie rétrospective”.

“Hergé m’a dit à la dernière réunion du journal TINTIN : ‘Nous sommes tous des faiseurs, tous autant que nous sommes, mais vous c’est différent ! Vous avez quelque chose à dire d’instinct. […]’”  

la page 1 du catalogue de l’exposition de Mons en 2023

L’ouvrage (page 1) démarre mal. La citation d’Hergé, extraite des courriers de Paul Cuvelier à Ta Hynh-Yên (page 486 de l’ouvrage Le Mystère Paul Cuvelier, citation reprise, mais sans nommer la source, dans le livre Les Chemins du Merveilleux et re-reprise, en citant l’ouvrage de Philippe Goddin, dans le livre Hergé Corrrespondance (seule source donnée par Wapica)) reprend, sans vergogne, celle utilisée, deux ans plus tôt, en ouverture de l’exposition et du catalogue “Moloch, Belzébuth, à moi!” conçus par la Fondation Paul Cuvelier et la Ville de Mons, pour la Salle Saint-Georges (du 25/11/2023 au 18/02/24).

« Apollon et Daphné », copie par Paul Cuvelier

Original de Théodore Chassériau

Quant au visuel attaché à cette citation, présenté comme une œuvre de Paul (le titre attribué par le livre, page 106, “La Source (Vénus et son poète à la lyre)”) est en réalité une étude de Paul assez fidèle d’un célèbre tableau du peintre français Théodore Chassériau : “Apollon et Daphné”, 1844, présent au Musée du Louvre. La “scientificité” plusieurs fois brocardée par Pierre Peeters est battue en brèche par la pauvreté de la mise en contexte, des citations des sources et l’absence de mentions de très nombreuses provenances des œuvres ou documents. Si Pierre Peeters a prévenu avoir opté pour “ne pas faire de commentaires” sur l’œuvre. Il a pourtant truffé ce livre de jugement stéréotypés et de tirades à l’emporte-pièce allant même jusqu’à affubler de noms et de sujets des œuvres sans titre. Il semble y avoir une confusion entre une neutralité scientifique affichée et une évidente ignorance. Mais, comme le dit le texte non signé de la page 379 : “Nous laissons cette analyse à d’autres.“

 

UNE “EXPERIENCE SCIENTIFIQUE”

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L’œuvre de Paul Cuvelier …

… ne peut être dissociée de son contenu érotique

Toujours dans sa longue introduction (page 2), Pierre Peeters s’excuse auprès des lecteurs de devoir amputer du corpus les œuvres érotiques, désirant faire un livre “politiquement correct” (page 379), mais, courageux, il renvoie ses lecteurs au premier livre de Philippe Goddin, une première monographie publiée par Magic-Strip en 1981 : L’aventure artistique ([2]). Il évoque ensuite un Paul Cuvelier qui aurait été emporté par l’essor des productions érotiques des années 1968 à 1978. Alors que Paul Cuvelier n’a jamais cessé de s’intéresser – comme nombre d’artistes avant lui – aux corps nus. Le livre de Peeters revient d’ailleurs – et à plusieurs reprises – sur les dessins de nus faites par un Paul adolescent, à même les papiers peints dans la maison de Lens, ainsi que la réaction de ses parents. L’exposition à la Maison des Loisirs de La Louvière en 1953 – non mentionnée dans cet ouvrage – avait déjà choqué par sa graphique nudité, et Paul reçu des critiques de ses proches dont son frère aîné, Raphaël, pour son impudeur. Si l’ouvrage « Epoxy » sur scénario de Jean Van Hamme, aux éditions le Terrain Vague, est bien une bande libre, elle est très policée en comparaison à ce que Paul Cuvelier produisait naturellement depuis des décennies. En quatrième de couverture du livre de Wapica, on apprend aussi que Paul Cuvelier était, avec l’album « Epoxy », “le premier auteur de bande dessinée adulte“…bien que le livre date de 6 ans après la naissance de Barbarella de Jean- Claude Forest – démarré dans V-MAGAZINE au printemps 1962 et paru en format livre en décembre 1964 – et qui a servi de matrice autant au niveau couleurs que du format pour le livre « Epoxy » paru quatre ans plus tard en mai 1968. Toujours sur cette quatrième de couverture, on apprend que Jacques Martin – et non Jacques Laudy – faisait partie du célèbre quatuor à l’origine de la naissance du Journal TINTIN en 1946. Et que Paul est né le 23 novembre “123” et décédé à 55 ans (54 en réalité).

L’ouvrage dresse ensuite une section “LIGNE DU TEMPS” dont sont issues les erreurs et approximations suivantes :

1930 : Pierre Peeters insiste sur l’absence d’accès pour le jeune Paul Cuvelier à des publication illustrées à l’exception de Tintin dans les PETITS VINGTIEMES. Paul Cuvelier aurait grandi dans un monde sans image ! C’est inexact : Paul Cuvelier avait accès à des nombreux visuels dont les images du type Epinal. Les parents de son ami d’enfance, André Vilain, tenaient une papeterie doublée d’une petite imprimerie à Lens. Raoul de la Nézière, avec Miloula La Négrillone, faisait aussi partie de son panthéon de lectures enfant, et son frère, Michel Cuvelier, était un ardent lecteur du journal BRAVO ! On le voit d’ailleurs lire ce même journal, avec le bras en bandoulière, sur un croquis de Paul, datant de l’Occupation (page 12). Le numéro de LA CRYPTE TONIQUE N°11 “PAUL” 192 pages (janvier 2014), que Pierre Peeters cite, et qui a été fait avec des témoignage de Michel, Anne-Marie, Stéphane, Raphaël et Amédée Cuvelier ainsi que d’André Vilain, revient sur la jeunesse de Paul et ses influences picturales. Il ne suffit pas de citer ses sources dans une bibliographie (page 414), il faut aussi les lire.

Double page extraite de « La Crypte Tonique N°11 – Paul »

 

1934 :”(….) On peut affirmer que l’encadrement scolaire assez strict développera techniquement chez Paul son don du dessin et de la peinture.” Voilà une affirmation bien obscure. On devine que cela pourrait être une maladroite formulation de ce qui a été dit par ses proches, comme Amédée, Raphaël ou Michel, concernant l’aspect étouffant et étriqué de l’éducation du Collège d’Enghien où Paul était pensionnaire, et qui pourrait expliquer en partie son besoin – vital – d’évasion. Est évoqué aussi, en cette année 1934, l’Académie des Beaux-Arts de Mons, alors que Paul n’a encore que onze ans !

1944 : l’auteur met en doute les souvenirs de la mère de l’artiste, qu’il cite pourtant (page 17), concernant le séjour de quelques mois de Paul à l’Académie de Mons. Les deux frères de Paul confirment pourtant la présence de Paul au domicile de Lens durant l’Occupation. La fréquentation des étudiants était fort aléatoire, ne fut-ce que pour les problèmes de circulation. L’inscription dans un établissement permettait d’éviter le STO (Service de Travail Obligatoire) imposé par les Allemands en 1942.

1946 : “(…) métier de bédéiste n’est pas le même fonctionnement que celui d’artiste créateur. C’est le drame de toute la vie professionnelle de Paul Cuvelier“. Outre le raccourci de cette interprétation contraire au refus d’analyses brocardé par l’éditeur, Paul Cuvelier découvre le métier de la bande dessinée accompagné d’artistes comme Jacobs, Laudy, Van Melkebeke (tous issus de l’Académie des Beaux-Arts de Bruxelles) et Hergé qui avaient une haute idée de leur métier, de leur art. Plus loin dans l’ouvrage, on apprend aussi que “Paul a acquis à titre posthume cette reconnaissance d’artiste“. Alors que dès ses premiers pas hors du cercle familial, il est reconnu par des peintres, dont Stevens, Cambier et Buisseret, et ensuite par l’équipe autour du journal Tintin, dont Hergé….et Paul n’avait pas 22 ans. Il me semble que cela témoigne bien au contraire d’une reconnaissance plutôt précoce.

1951 :”rencontre son futur modèle Ta Huynh-Yen“. C’est inexact ; c’est en juillet 1949 qu’il rencontre Ta Huynh-Yen. Il existe un ouvrage de 552 pages, écrit par Philippe Goddin et Martine Mergeay, édité par Benoît Peeters aux Impressions Nouvelles « Le Mystère Paul Cuvelier » (paru en septembre 2023) détaillant pourtant avec précision la relation entre cette Vietnamienne et l’artiste sur base d’une dense correspondance. Bien que l’ouvrage soit bien cité dans ses sources, les informations ne semblent pas avoir percuté le rédacteur.

1969 : “jusqu’en 1978 : il partage son temps de travail entre la BD et recherches artistiques“. Non, il rompt avec la bande dessinée en 1973, avec l’inachevé L’Ogre Rouge sur scénario de Jacques Martin. Et, à nouveau, la bande dessinée n’est pas antinomique, comme cela a été mainte fois pointé depuis un siècle, de “recherches artistiques“.

 

L’Ecole Buissonnière

Le chemin des écoliers

 

Dans la section bibliographiques “LES BANDES DESSINEES” (page 7) sont cités « L’école buissonnière », pour 1953, et « Le chemin des écoliers» pour 1960, alors qu’il s’agit du même livre paru sous un titre différent, aux éditions Casterman dans la COLLECTION FARANDOLE, et qui n’est pas de la bande dessinée mais bien un livre illustré. Pour 1968, est cité le titre de Line : « Le piège au Diable » dans sa version posthume chez Bédéscope en 1980. Et sont cités aussi les “belles” de Paul Cuvelier dans le magazine PRIVÉ, des pin-up qui n’ont rien d’une bande dessinée. Plus loin dans l’ouvrage, il est fait mention de « La Maison du Mystère » comme étant le dernier ouvrage réalisé par Paul Cuvelier. Alors qu’il s’agit d’un récit réalisé et paru de 1962 à 1963 dans le journal LINE et publié, à nouveau, de manière posthume par Bédéscope. Dans la biblio, l’ouvrage « Hergé correspondance », Duculot (1989) est inscrit en doublon. C’est là un détail, mais une énième preuve d’une absence de relecture ou de relecteurs.

 

LE BON ET LE MAUVAIS CHASSEUR

Est évoquée, par deux fois ! (page 7 et page 9), la coquille d’un petit imprimeur local sur le faire-part de décès de Paul Cuvelier. Voilà un éditeur, Pierre Peeters, qui cumule les bourdes et les erreurs dans son ouvrage luxueux sur papier glacé de 2026 et qui se permet de jouer aux chasseurs de fautes concernant un petit imprimé local qui est fait dans l’urgence dans le cadre d’un faire-part de décès de 1978 ! Un éditeur qui tantôt écrit le nom de Frances Bannett avec 1 T et tantôt avec 2 T alors qu’un visuel dans ce même livre (page 309), écrit par Frances BanneTT précise bien elle-même l’orthographe de son nom. De même, le nom de Ta Huynh-Yen est écrit de plusieurs façons différentes, toutes fausses : Tha-Huyen-Yên (page 7), Ta- Huyenh-Yên (page 307 & 309) ainsi que le nom de Nicole Dufrane est écrit “Dufrasne” (page 2, 309, …). Un éditeur qui laisse aussi imprimer “enfant prodigue” au lieu de prodige et sources “inconstables” au lieu d’incontestables.

 

“QUEL GACHIS !” [3]

“Aujourd’hui, avec quatre décennies de recul ou de retard, il est grand temps de tenter d’approcher la pensée et le parcours de Paul Cuvelier...” déclare gravement Pierre Peeters, extrait de ses “INTENTION EDITORIALES ” (page 9). En une affirmation péremptoire, l’essentiel travail de Philippe Goddin est occulté – trois ouvrages (1981, 1984 (et une exposition Woluwé-St-Lambert) et 2023) – comme l’est aussi celui de Jacques Glénat et Numa Sadoul (n° et hors-série: LES CAHIERS DE LA BANDE DESSINÉE, 1974), Hugues Dentier et Benoit Boelens (expositions à Lille 1983 et Mouscron 1994), la Fondation Raymond Leblanc (exposition 2008) ainsi que celui de Philippe Capart de LA CRYPTE TONIQUE, le cahier “Paul” (2014), et, last but not least, l’activité de l’ensemble des membres de la Fondation Paul Cuvelier depuis 2015. Ce sont autant d’écrits et de publications – dont les articles du site de la Fondation – qui ont servis de pièces détachées à l’ouvrage ici proposé !

 

Les trois ouvrages de Philippe Goddin

Poursuivons, page par page, cette étonnante plongée !

Page 26, un dessin à l’adolescente maladresse est présenté comme étant “Hergé à sa table à dessin” fait par un Paul Cuvelier de 23 ans ! Si l’attribution de date “1946” est clairement erronée – on l’a vu, ce livre est fâché avec toute chronologie – le sujet prête aussi fortement à caution : Hergé ne se ressemble pas et devient, ici, gaucher !

 

Croquis d’Hergé daté “1946” dans l’ouvrage

Croquis d’Hergé réalisé par Paul Cuvelier en mai 1945

 

Page 40, pour illustrer le thème “POUR RACONTER DES HISTOIRES À SES FRÈRES : NAISSANCE DE CORENTIN ET KIM”, situé au début des années quarante, l’ouvrage place deux croquis (non datés) réalisés 3 décennies plus tard hors contexte éditorial : un Corentin pris sur modèle de son neveux, Denis Cuvelier, et l’autre, un Kim – sans pagne – œuvre de commande.

Page 43: Sous une photo, l’éditeur écrit “D.R.”, c’est à dire “Droits Réservés”. Une formule qui est utilisée par les éditeurs quand ils n’ont su identifier les auteurs ou détenteurs des droits et annoncent ainsi conserver un montant d’argent si l’ayant- droit se fait connaître. Le cliché est pourtant reconnu comme étant de Daniel Baise et depuis quelques années, la propriété de la Fondation Paul Cuvelier. De même est indiqué “D.R.” pour les documents allant de la page 29 à la page 37, les images sont des scans réalisés par LA CRYPTE TONIQUE pour le cahier “PAUL” et ont également servi au coffret du CORENTIN I reprenant les fac-similés des pages en taille 1/1 réalisé par La Fondation Paul Cuvelier, détentrice, comme Pierre Peeters le sait, de tous les droits de reproductions concernant Paul Cuvelier à l’exception d’EPOXY ! Il est important de rappeler que le droit du propriétaire d’une oeuvre est bien distinct du droit de reproduction de cette même oeuvre.

Page 49 : grossières erreurs de datation sur les membres de la famille de Paul. Raphaël est né en 1921, décédé en 1996, Jean est né en 1925, décédé en 1991 et Amédée n’est pas “médecin-urgentiste”, mais bien néphrologue.

Page 79 : il ne s’agit pas d’un autoportrait mais d’un croquis fait d’un camarade (sans doute du séjour à l’académie avec le typique cache-poussière).

Page 99 : Confusion apportée par la légende, sur un cliché, il ne s’agit pas d’un modelé d’une femme africaine, Oona, mais de celui de Ta Huynh-Yên dans l’atelier de Paul Cuvelier rue Notre-Dame à Mons.

Page 106 : c’est, comme dit plus haut, une copie du peintre Chassériau. Nombre des dessins dans ce livre sont des études/recherches directes d’après des œuvres de tiers mais non contextualisées, ni référencées. Présenter cela comme des œuvres du seul Paul Cuvelier prête à de possibles confusions. Quelques-uns sont heureusement annotés, par l’auteur lui-même d’un “d’après”. Déontologiquement, Paul Cuvelier n’aurait pas voulu s’approprier le travail d’autrui. Comme les pages 108-109 et 116, inspirées de Pablo Picasso.

Page 111 : des doutes sur l’authenticité, maladresse du rendu, de la technique ou, peut-être, un dessin d’adolescent.

Page 215 : ce n’est pas de la main de Paul Cuvelier mais un décalque maladroit ; ce même visuel est repris page 369 à côté de la source, la couverture d’Epoxy !

Page 224 : cliché pris lors des 30 ans du journal TINTIN en 1976, daté ici de 1946 ! L’information est pourtant clairement inscrite dans le document ainsi erronément légendé.

Page 402 : un portrait peint de Corentin attribué à Paul Cuvelier mais, selon la Fondation Paul Cuvelier, réalisée par un tiers. Et si doute il y avait de la part des éditeurs, la déontologie aurait voulu qu’on ne l’intègre pas, ou avec maintes cautions d’usages. Il arrive parfois qu’un livre ou qu’un catalogue serve à légitimer des faux, entrelardés dans des reproductions d’originaux, ce serait évidemment un grave écueil.

Portrait de Corentin figurant dans le livre, et portrait repris dans « Corentin ou les chemins du merveilleux »

Dans le chapitre “LINE OU LE FÉMINISME SELON PAUL CUVELIER”, toutes les figures féminines sont rangées comme étant des prototypes du personnage de Line. Quand on a un marteau, tout se met à ressembler à un clou ! Page 380 : c’est Nicole Dufrane qui est le modèle. Page 383 : c’est Martine Pichard et pages 386 et 387, il s’agit de Frances Bannett. Le site de la Fondation Paul Cuvelier offre des articles mettant en lumière ces modèles de Paul.

Page 397, notre éditeur suivant les consignes “UNESCO et consorts“, n’a pas les dimensions du tableau qu’il reproduit : “format non précisé“. Le tableau, représentant la compagne de Paul Cuvelier, Brigitte De Munter, était pourtant accroché à l’exposition “Moloch, Belzébuth, à moi !” et est une des rares œuvres peintes de Paul Cuvelier, achetée de son vivant par l’Etat, et conservée à l’Artothèque de Mons…il aurait suffi d’un simple e-mail ou coup de téléphone !

“Que le lecteur nous pardonne. Ce livre est incomplet. Les dessins, croquis, peintures, planches…reproduits ici ne sont qu’une partie des documents que nous avons à notre disposition“. (Extrait de la rubrique “TRAVAIL DE RECHERCHE”, page 2)

La Fondation Paul Cuvelier ne se prononcera pas sur la maquette graphique, les choix ou la pertinence des thématiques ou des textes de tiers insérés. La parole est libre et l’œuvre d’un artiste/auteur gagne à chaque nouvelle lecture/interprétation. Mais elle devait réagir à l’absence de déontologie et respect des droits pour cette édition et aux approximations, erreurs factuelles et désinformations – trop nombreuses pour être toutes citées ! – présentes dans ses pages. La mission de la Fondation Paul Cuvelier, composée des branches de la famille et de membres extérieurs, est de défendre les droits de l’artiste disparu, de protéger son œuvre, d’approfondir son étude et de la promouvoir au-delà des frontières locales. C’est pour éviter une plus large dispersion et aussi prendre une plus juste mesure de l’ensemble de ses créations que nous travaillons, depuis 2015, à un catalogue raisonné sous une forme numérique. A ce sujet, nous sommes ravis de lire ce message en toute fin de volume (section : “QUE LA MER EST BELLE !” page 401): “Si vous possédez un dessin de Paul Cuvelier, vous pouvez aussi participer à ce travail de mémoire en faisant parvenir une reproduction à la Fondation Paul Cuvelier qui constitue un catalogue raisonné. Ainsi progressivement, le puzzle de son travail artistique va se reconstituer virtuellement. Chaque dessin ou peinture permet de restituer d’autres dans une série, dans le temps…Il viendra enrichir les recherches pour d’autres publications. D’avance nous vous remercions de votre collaboration à cette immense reconstitution mémorielle.” Mais nous sommes navrés de constater que, contrairement à cette noble et vertueuse recommandation faite par les auteurs à leurs lecteurs, Ladite Fondation Paul Cuvelier n’a pas reçu la moindre reproduction issue des centaines de clichés numériques réalisés pour ce livre par Pierre Peeters. Voilà qui clôt notre mauvaise impression d’ensemble.

 

La Fondation Paul Cuvelier

 

 

[1]        Précision de Pierre Peeters pour annoncer la sortie de “Paul Cuvelier, Anima in Articulatio (1923-1978)” sur facebook: le “bébé” fait “2,999 gr pour 416 pages” (le 8 mars 2026). Pour bonne mesure, rajoutons ses mensurations 32 x 25 cm et son prix : 90 euros.

[2]       L’ouvrage « Paul Cuvelier : Anima in articulatio 1923-1978 », signé Wapica n’est donc pas “la 1ère monographie de notre artiste lensois”, comme l’annonce le Musée de la Vie Lensoise, Facebook le 11 décembre 2025.

[3]          Accroche d’une lettre rédigée par Michel Cuvelier, datée du 7 novembre 1987, adressée aux membres de sa famille appelant à l’urgence d’une création d’une fondation Paul Cuvelier. Toutes et tous avaient signé mais rien ne se concrétisa. C’est 28 ans plus tard, en 2015, qu’une réelle fondation Paul Cuvelier fut mise sur pied, une initiative d’amateurs extérieurs des frères et la sœur de l’artiste, dont Michel Cuvelier.

 

Cet article est la propriété de la Fondation Paul Cuvelier